TRACE & DIFFERANCE

Aujourd'hui Mamée est morte. Malgré cela je cherche ce qui lui subsiste. Son cadavre encore en train de dormir, masque un peu sa mort. Je la regarde et sait pertinemment que rien désormais ne pourra me la ramener. Alors je cherche , je scrute les détails, ces traces insignifiantes qui aujourd'hui se transforment en un souvenir.

Dans cette pièce aux volets clos, son corps froid est enveloppé par cette lumière fébrile. Que reste-t-il de ma grand mère ? Des objets, des souvenirs, mes souvenirs. Cette trace qu'elle laisse au fond de moi, je l'ai construite comme un sillon qui jadis nous reliait. A présent je continu ce travail, mais la saveur n'en est plus la même. Je vois ce qu'elle a vu pour la dernière fois, ce mur décrépi sera pour elle son dernier tombeau. Qui pourra à présent me raconter cette photographie accrochée au mur, ces personnes sont tombées dans l'oubli le jour où elle est morte.

Voilà maintenant 3 jours que son corps dort, sans rythme, sans respiration. Et nous ? Dans un dernier hommage nous mangeons...

Je rentre pour la énième fois dans cette pièce, désormais je ne la reconnais plus. Les volets sont ouvert les signes d'une mort plus présentables sont présent. La différance n'en est que plus flagrante. Dans mon anticipation de la mort, il y a souterrainement ce désir testamentaire, que quelque chose survive. Un héritage au quel je n'aspire pas, qui ne me reviendra pas mais qui me restera. Cependant, la trace est le simulacre d'une présence qui se disloque. L'effacement appartient à sa structure. Elle garde en elle la marque de l'élément passé et se laisse déjà creuser par la marque de son rapport à l'élément futur. La différance est le mouvement producteur de la différence. Le langage, quel qu'il soit implique la mort ou l'absence du référent. La signification comme signe est une absence au cœur même de la présence.

( "DIFFERANCE" --> cf Jacques DERRIDA Genèse et structure )